Madeleine Cazals

Un globule Rose, un gros. 

Madeleine était neuropsychiatre et travaillait en cabinet avec un autre médecin psychiatre qui s’occupait de ma mère. La première fois que j’eu à faire à elle était pour réaliser un électro-encéphalogramme, car je soufrais de céphalées. Premiers prémices de mon hémorragie cérébrale. Traitement puis à nouveau électro-encéphalogramme et petite discussion hors cadre. Je lui disais que j’étais le fils de ma mère prise en charge par sa collaboratrice. Et à chaque séance de ma mère, quand je venais la chercher, je me retrouvais dans le bureau de Madeleine, après ses consultations et nous discutions. De son travail, de ma vie, de son regard sur la détresse de ses patients, de mon regard sur la mienne. J’étais entré en psychothérapie sans le savoir. Elle avait compris, non pas la raison de ma détresse, mais qu’elle était là, ancrée. Elle me dit un jour « Christophe, je t’en prie parle moi, il le faut et nous pourrons te faire gagner du temps » Elle avait raison mais je n’y arrivais pas. Lors d’une de mes crises de désespoir où je ne cherchais rien d’autre que la fuite dans le sommeil, elle me fit hospitaliser dans une clinique d’amaigrissement de la lointaine banlieue toulousaine, où elle intervenait. Juste le temps de me reposer. Elle me rendait visite chaque jour dans ma chambre et nous disions des bêtises, et nous rigolions. J’étais, pendant un mois une sorte de Châtelain. Madeleine m’avait prescrit une chambre seule car devant mon insistance, elle savait que la promiscuité m’était difficile. Et je pris le temps de m’apaiser au milieu des cures d’amaigrissement que les curistes agrémentaient de pâtisseries savoureuses venant du village d’à côté. Ben oui, nous n’étions pas en prison. Et des convalescents bénéficiant de la pose d’un anneau pour les aider à perdre du poids. J’étais les plus petites hanches de la clinique. Je participais à l’atelier poterie. Il ne sorti de ma création qu’une tête de mort.

Puis, ma mémoire faisant défaut, je ne sais plus à quel moment, j’adoptais une chienne qui venait de se faire renverser sur la route et après les soins et le désir de cette chienne de rester avec moi, je fus invité par Madeleine à manger chez elle, avec mon chien. Pendant le repas Madeleine me dit qu’elle avait une tête à s’appeler Charlotte. Ainsi fut dit, ainsi fut fait, je l’appelais Charlotte. Je me souviens que, sur une grande rue de Toulouse, appelant mon chien  » Charlotte au pieds », je fus arrêté par un vieux monsieur, souriant, me disant « oh, monsieur, vous avez appelé votre chien comme ma belle-sœur », Nous en avons ri un moment et avons continué nos promenades, moi avec ma charlotte au pieds.

Nous sommes aussi, allés dîner au restaurant. Il faut savoir que Madeleine était malade et se soignait quand elle y pensait. Elle s’endormait sur l’instant mais sans perdre le fil de ce qui se passait autour d’elle. Donc, nous étions assis, face à face à côté d’une table où un couple était assis, comme nous face à face. Et pendant le repas, Madeleine s’affala sur l’épaule du monsieur de la table d’à côté pendant que je continuais à lui raconter mes aventures sous le regard interloqué de ma voisine. Quelques instants plus tard, elle se releva, répondit à une question que je lui posais dans ses limbes et se tourna vers son voisin accueillant en lui disant :  » Merci monsieur, vous étiez très confortable ».

Je passe les visites à son cabinet pour traduire une ordonnance de vétérinaire en ordonnance que je pouvais me faire rembourser par la sécurité sociale, pour m’aider car je n’avais déjà pas beaucoup de revenus alors, et en vient à cette soirée magnifique de magie noire. Il faut que je vous dise que Madeleine pleurait aussi avec certains de ses patients et un soir où elle m’avait demandé de venir la chercher, car elle ne se sentait pas de conduire, elle m’expliquait qu’elle venait de recevoir un redressement fiscal. Elle m’expliquait qu’elle déclarait ce qu’elle encaissait mais que parfois, elle faisait des feuilles de remboursement sans encaisser la consultation, tant la situation de la personne était difficile. Le Trésor Public, recoupant déclaration et feuille de soins trouvaient donc une différence et l’inspecteur dont elle dépendait lui réclamait la différence. Il faut que je vous dise également que chez Madeleine, c est une famille de médecin, elle, le fils, la fille dont j’étais secrètement amoureux et le père. A l’époque, le père était à Perpignan, la fille à l’école de médecine et le fils en Afrique.

Un soir, elle organisa une soirée, avec des patients fraîchement dés-hospitalisés, des patients de sont cabinet, et nous, quelques amitiés. Nous étions dans le salons et nous échangions, vin rouge à la main, nos avis sur…le vin était bon. Puis Madeleine nous raconta, que son fils était revenu d’Afrique et qu’alors, le sorcier du village lui avait offert un gris-gris, pour lui porter bonheur puisqu’il venait soigner son peuple en venant les vacciner. Il surpris, quelques jours plus tard, le sorcier, entrain de voler un vaccin.

« Qu’est ce que tu fais là », « ben j’en prends un au cas où je serais malade », « Remets ça s’il te plait tu n’en as pas besoin, et vas t’en », « et bien le gris-gris que je t’ai donné, au lieu de te porter bonheur, il te portera malheur. » Voila, à peu près, ce qui s dit entre le fils de madeleine et le sorcier du village, selon Madeleine.

Elle dit à l’assemblée que ce qui lui posait problème était que sont fils lui avait laissé le gris-gris et était allé se faire soigner à l’hôpital, car il avait peut être une tâche au poumon. Je ne pus m’empêcher de lui répondre, « Madeleine, vous avez eu un redressement fiscal, envoyez le à votre inspecteur des impôts! » L’assemblée trouva l’idée très bonne et nous participâmes tous au complot, l’un donnait l’enveloppe, l’autre le timbre, le troisième cherchait un stylo, le suivant écrivait l’adresse de l’inspecteur, et nous décidâmes que l’expéditeur serait :  » Le Diable d’Outre Tombe ». Tout cela à grand renfort de verre de vin, de fou-rire, et d’amitié. Madeleine, pris le gris-gris avec des gants de chirurgien, en affirmant qu’elle n’était pas superstitieuse mais on ne sait jamais, et glissa le gris-gris dans l’enveloppe.

La lettre fut postée, la voiture de l’inspecteur fut volée.

 

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