LE PAON, L’AUTRUCHE et LES POULETS

 

Il était une fois en royaume de France 

Évoluant aux cotés de ses contemporains 
Un banquier jouvenceau, oui mais plein d ‘élégance 
Qui de son beau pays se rêvait souverain 
Son air benjamin, informel, bien élevé 
Plaisait aux citoyens, par la vieillesse lassée 
Sa rhétorique désuète, et puis tantôt farceuse 
Ravissait fort les nobles, et flattait bien la gueuse 
Et si jeune notre homme ne l’était qu’à moitié 
Il faut savoir qu’usée certes était sa moitié. 
Car se voulant moderne ne prenant point maîtresse 
Il épousa la sienne malgré sa vieillesse. 
Mais si la valeur n’attend point les années, 
Et bien que le jeune banquier ait la gouaille bien aisée, 
On ne s’improvise point chef d’un grand État 
Et bientôt cet enfant, cet angelot remarqua 
Que d’un noble ignorant, c’est la robe qu’on salue. 
On ne l’admira bientôt que d’un étron pas plus. 
Après l’avoir léché, ils le lâche et le lynchent 
Comme font souvent les hommes gâtés comme des enfants. 
Jupiter bientôt n’eut pas plus à leurs yeux 
Que l’aspect fatigué d’une simple corde à nœud 
Mais le jeune banquier, sûr de lui, plein de frime, 
Pour continuer à plaire à ses chers richissimes 
Pressa la populace tant et tant comme citrons 
Qu’elle en prit la couleur aussi celle des mignons 
Le jeune freluquet tout à ses réjouissances 
Ne remarquât pas la moindre différence. 
Heureux dans son palais, il est loin du tracas, 
Sa mégère dépensant son or à tour de bras. 
Rien n’est pour elle trop beau, vaisselle, tissus, bibelot, 
Le peuple avait bien faim, elle leur tournait le dos. 
Ils s’offrirent mieux encore, le roi des animaux, 
Des daims, ils les appellent, ho, seigneur qu’ils sont beaux. 
Et pendant que le peuple assemblé dans les rues,
Vers son précieux palais plein de rage se rue, 
Notre jeune banquier à l’égo invincible 
Qui de la bourse des pauvres s’était fait une cible 
Refuse encore d’entendre le grondement sonore, 
Comme celui d’une rivière quand de son lit elle sort. 
Aucun barrage n’y fait si elle est bien dehors. 
Et les poussins alors se mettent à crier, 
Empêchant les puissants dans leur couche de ronfler 
Mon roi faites les taire, par pitié, muselez-les 
Ils meurent de faim ils crient et nos nuits sont gâchées 
Ho sire, regardez-les, leur piètre éducation 
Ne leur sert même pas à crever sans un son 
Mourrez chichement, dites, et mettez la sourdine 
Leur râle lorsqu’ils trépassent est une porte qui couine. 
Ils se tordent comme ils sont ridicules, 
Ces illettrés ignobles dans la boue gesticulent 
Mes amis, n’avez crainte, leur répond le rusé 
Ils leur arrivent parfois un peu fort d’aboyer 
Mais ce sont mes moutons, mes agneaux, mon troupeau 
Ils finiront d’eux même par rentrer bien au chaud 
Mais voici maintenant qu’ils retournent les carrosses 
Et détruisent les maisons, deviendraient-ils féroces ?
Alors le grand seigneur dans une allocution 
Le dos bien droit, tendu comme une institution 
Les mains pleines de doigts, bien à plat sur la table 
Leur jeta quelques miettes avec un air aimable 
Croyant en faisant taire leur petit estomac 
Calmer aussi la rage dans leur cœur scélérat 
Je ne vous ai pas compris, je ne vous écoutais point 
Récita-t-il au peuple qui serrait les poings 
A renard endormi rien ne tombe dans la gueule 
Retournez au labeur je vous trouve bien veules 
Ha vous aimez la rose ? Supportez en l’épine 
Mais ne troublez donc point la quiétude citadine 
Dans notre ordre social chacun reste à sa place 
Vous voulez en changer ? Je vous ris à la face 
Cassez, cassez, cassez et nous reconstruirons 
Et je vous répondrais de la bouche de mes canons 
Vous voulez un discours ? Je peux en écrire cent 
Je peux même faire en sorte que vous m’aimiez quand je mens 
Je vous endormirai à grand coup d’entourloupe 
Car c’est tout une armée que je garde sous ma coupe 
Vous vous fatiguerez et rentrez aux champs 
Bien avant que je tremble pauvres petites gens.
Il est vrai que le paon peut oser faire l’autruche 
Se pavaner gaîment tout en gâtant sa cruche 
Mais si un jour lassé comme le peuple citron 
Son armée de poulet abandonne le patron 
Alors le jeune souverain saura bien entendu 
Que même sur un trône en or, on est bien que sur son cul 
L’injustice est une graine que plantent les puissants 
Et qui pousse sans peine dans les yeux de leurs enfants 
Elle leur apprend la haine et à serrer les dents 
Elle leur fournit le bois, le manche et même la lame 
Elle fait durcir leurs muscles et dévore leur âme 
S’ils perdent des batailles Ils reviennent à la charge 
On les traite en racaille On s’étonne qu’ils enragent 
Donnez-leur le bâton Ils relèvent le menton 
Opposez leurs des chars Ils reviennent plus tard 
Ils se tairont dix ans, vingt ans, trente ans peut être 
Mais toujours la révolte finit par renaître 
Regardez en arrière dans notre propre histoire 
Car c’est là que se cache les leçons et l’espoir

Fable macronique, récitée lundi 17 décembre à la revue de presse de Paris Première.


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