Témoignage d’un gilet jaune. Samedi 1er Décembre, Gilets jaunes – Acte IIII, Toulouse

 

Marche calme. Une détonation, un nuage de fumée. Il est à peine 14h30 et nous marchons depuis à peine plus d’une heure.

Pourtant tout avait bien commencé, un cortège bon enfant, un tambour, une trompette, un peu de bruit pour se faire entendre, un petit air de féria régnait.
Le groupe se divise, l’un veut rejoindre la CGT alors que le mouvement ne veut pas être assimilé aux syndicats, tandis que l’autre veut rejoindre un monument qui appartient au peuple pour un blocage des voies pacifique.

Soldats du peuple malgré nous, nous voici dans la fumée. Protégés derrière un mur, nous enfilons en vitesse nos masques à gaz et nos lunettes. Nous voici donc bombardés pour vouloir défendre nos droits, ceux de nos descendants et ceux de la planète.Un énorme nuage descend de la rue Bayard.

Le nuage est prêt à nous avaler. Nous le laissons là, pour une pérégrination hors syndicat dans Toulouse, et finissons par revenir sur les lieux. C’est là, dans cette atmosphère apocalyptique que je prends conscience d’une chose : aucune révolution profonde ne s’est passée sans violence, c’est toujours l’ordre établi qui défends ses privilèges contre le nouvel ordre qui entends les abolir. L’ordre établi n’hésitera jamais à mettre tous les moyens dont il dispose pour ne pas s’en départir, quitte à assassiner son peuple s’il le faut. Je réalise également que sans images fortes le reste du peuple ne réagira pas.

Nouvelle détonation, un projectile incandescent se divise et retombe au milieu de nous, c’est la panique. Certains, probablement plus habitués renvoient déjà les projectiles vers les forces de l’ordre. Nuage, suffocation. Une retraite s’impose, nos lunettes ne sont pas assez protectrices. On pleure un petit coup, on discute avec quelques personnes qui sont là, de tout âge, de toutes origines, ces combattants inconnus qui sont là pour montrer notre présence.

Nous voilà à nouveau dans le nuage.Nous repartons devant, après avoir bu un peu d’eau, et, dans ce brouillard, j’ai du mal à ne pas penser à notre planète qu’un gouvernement prétend vouloir sauver mais qui n’hésite pas à l’asphyxier de gaz. J’ai du mal aussi à ne pas penser aux forces de l’ordre à qui l’on demande de nous disperser alors que beaucoup pensent comme nous… que faire ? Faut-il perdre son emploi ou disperser ? Blesser ou perdre son moyen de subsistance ? Quel choix ont-ils réellement lorsqu’un gouvernement les pose en rempart face à une juste vindicte ?

Accalmie, une marseillaise s’improvise et nous repartons devant. Ce chant guerrier prend tout son sens, là, dans ce chaos, au milieu des tirs de grenades de dispersion, je n’avais jamais appréhendé le sens réel de ce chant avant, nous incarnons un combat pour l’avenir, je suis habité par la sensation que nous allons gagner la maîtrise de notre destin. Qu’importe le gaz, qu’importe mes yeux qui pleurent nous gagnerons ! Nouvelle salve nous nous replions, un tir haut cette fois, je vois un galet enflammé retomber sur quelqu’un, le galet est renvoyé aussitôt.

Nouvelle marseillaise, nous repartons encore et toujours, certains suffoquent mais y retournent inlassablement. Nous continuerons tant qu’ils auront des munitions !

L’ordre de retraite est enfin été donné du côté des forces de l’ordre, ils se replient sur la gare. Nous avançons donc, laissant çà et là les plus énervés incendiant du mobilier, détruisant des chantiers, mettant le feu à la route et brisant des parcmètres. Celle-ci n’est pas notre bataille, mais nous semble cependant presque indispensable. Nous sommes là pour le nombre, pour que le gouvernement comprenne enfin à quel point nous sommes déterminés. Nous discutons avec quelques gilets jaunes qui prennent à peine conscience des temps troubles que nous traversons.

Le canal. On peut déjà voir quelques soldats habités par une peur panique, mais déjà les gaz et les lacrymogènes reviennent. C’en est assez, l’adrénaline nous as déjà envahi nous sommes brûlants de ferveur mais épuisés, épuisés par la panique ambiante, épuisés d’avoir tant marché et reculé, d’avoir tant respiré de gaz… Il est temps de nous replier car une charge commence. Nous nous arrêtons quelques instants dans une rue pour tranquilliser et faire boire quelqu’un et nous rentrons.

J’y retournerais Samedi prochain comme secouriste mais je ne peux m’empêcher de craindre que cela finisse mal. Le décompte des blessés ne cesse de s’alourdir, l’insurrection gronde et ce qui partait comme une grogne se prépare à se transformer en un monstre de violence prêt à avaler ses victimes par milliers.

Nb: afin de ne pas nuire à la libre circulation, et l’apparente « bienveillance » des autorités envers de mon groupe de sauveteurs, je ne oublierais les autres actes qu’après la fin du mouvement…

Gaël



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