Réussir c’est …

Réussir c’est gâcher un plein pot de peinture,

Sur l’asphalte bleuté des méandres alpestres.

Les bras levés au ciel dans un élan céleste,

Tu rêves à du jaune pour finir l’aventure.

Réussir c’est voler un peu de temps qui passe.

Réussir c’est changer des boulets en ressorts,

Et rebondir encore malgré les coups du sort.

Redéployer ses ailes malgré le vent qui lasse.

Réussir c’est toucher à l’absolu du beau,

Et goûter aux couleurs de la diversité,

Pour émouvoir un peu en toute humilité,

Un groupe de bipèdes évadés de leur zoo.

Réussir c’est aimer en toute inconscience,

Et malgré les censeurs, malgré les bien-pensants,

Ceux qui ne veulent que ton bien, évidemment,

Tu ne dois écouter que ta propre conscience.



Témoignage d’un gilet jaune. Samedi 1er Décembre, Gilets jaunes – Acte IIII, Toulouse

 

Marche calme. Une détonation, un nuage de fumée. Il est à peine 14h30 et nous marchons depuis à peine plus d’une heure.

Pourtant tout avait bien commencé, un cortège bon enfant, un tambour, une trompette, un peu de bruit pour se faire entendre, un petit air de féria régnait.
Le groupe se divise, l’un veut rejoindre la CGT alors que le mouvement ne veut pas être assimilé aux syndicats, tandis que l’autre veut rejoindre un monument qui appartient au peuple pour un blocage des voies pacifique.

Soldats du peuple malgré nous, nous voici dans la fumée. Protégés derrière un mur, nous enfilons en vitesse nos masques à gaz et nos lunettes. Nous voici donc bombardés pour vouloir défendre nos droits, ceux de nos descendants et ceux de la planète.Un énorme nuage descend de la rue Bayard.

Le nuage est prêt à nous avaler. Nous le laissons là, pour une pérégrination hors syndicat dans Toulouse, et finissons par revenir sur les lieux. C’est là, dans cette atmosphère apocalyptique que je prends conscience d’une chose : aucune révolution profonde ne s’est passée sans violence, c’est toujours l’ordre établi qui défends ses privilèges contre le nouvel ordre qui entends les abolir. L’ordre établi n’hésitera jamais à mettre tous les moyens dont il dispose pour ne pas s’en départir, quitte à assassiner son peuple s’il le faut. Je réalise également que sans images fortes le reste du peuple ne réagira pas.

Nouvelle détonation, un projectile incandescent se divise et retombe au milieu de nous, c’est la panique. Certains, probablement plus habitués renvoient déjà les projectiles vers les forces de l’ordre. Nuage, suffocation. Une retraite s’impose, nos lunettes ne sont pas assez protectrices. On pleure un petit coup, on discute avec quelques personnes qui sont là, de tout âge, de toutes origines, ces combattants inconnus qui sont là pour montrer notre présence.

Nous voilà à nouveau dans le nuage.Nous repartons devant, après avoir bu un peu d’eau, et, dans ce brouillard, j’ai du mal à ne pas penser à notre planète qu’un gouvernement prétend vouloir sauver mais qui n’hésite pas à l’asphyxier de gaz. J’ai du mal aussi à ne pas penser aux forces de l’ordre à qui l’on demande de nous disperser alors que beaucoup pensent comme nous… que faire ? Faut-il perdre son emploi ou disperser ? Blesser ou perdre son moyen de subsistance ? Quel choix ont-ils réellement lorsqu’un gouvernement les pose en rempart face à une juste vindicte ?

Accalmie, une marseillaise s’improvise et nous repartons devant. Ce chant guerrier prend tout son sens, là, dans ce chaos, au milieu des tirs de grenades de dispersion, je n’avais jamais appréhendé le sens réel de ce chant avant, nous incarnons un combat pour l’avenir, je suis habité par la sensation que nous allons gagner la maîtrise de notre destin. Qu’importe le gaz, qu’importe mes yeux qui pleurent nous gagnerons ! Nouvelle salve nous nous replions, un tir haut cette fois, je vois un galet enflammé retomber sur quelqu’un, le galet est renvoyé aussitôt.

Nouvelle marseillaise, nous repartons encore et toujours, certains suffoquent mais y retournent inlassablement. Nous continuerons tant qu’ils auront des munitions !

L’ordre de retraite est enfin été donné du côté des forces de l’ordre, ils se replient sur la gare. Nous avançons donc, laissant çà et là les plus énervés incendiant du mobilier, détruisant des chantiers, mettant le feu à la route et brisant des parcmètres. Celle-ci n’est pas notre bataille, mais nous semble cependant presque indispensable. Nous sommes là pour le nombre, pour que le gouvernement comprenne enfin à quel point nous sommes déterminés. Nous discutons avec quelques gilets jaunes qui prennent à peine conscience des temps troubles que nous traversons.

Le canal. On peut déjà voir quelques soldats habités par une peur panique, mais déjà les gaz et les lacrymogènes reviennent. C’en est assez, l’adrénaline nous as déjà envahi nous sommes brûlants de ferveur mais épuisés, épuisés par la panique ambiante, épuisés d’avoir tant marché et reculé, d’avoir tant respiré de gaz… Il est temps de nous replier car une charge commence. Nous nous arrêtons quelques instants dans une rue pour tranquilliser et faire boire quelqu’un et nous rentrons.

J’y retournerais Samedi prochain comme secouriste mais je ne peux m’empêcher de craindre que cela finisse mal. Le décompte des blessés ne cesse de s’alourdir, l’insurrection gronde et ce qui partait comme une grogne se prépare à se transformer en un monstre de violence prêt à avaler ses victimes par milliers.

Nb: afin de ne pas nuire à la libre circulation, et l’apparente « bienveillance » des autorités envers de mon groupe de sauveteurs, je ne oublierais les autres actes qu’après la fin du mouvement…

Gaël



Gilets jaunes acte IV. Samedi 8 décembre 2018.

 

C’est donc en soutien médical que je suis reparti sur cette nouvelle manifestation, car le manque de moyens médicaux la semaine dernière semblait avoir vraiment fait défaut, et le choc de voir la difficulté de prise en charge d’un blessé sur un tir de flashball à la tête nous a fait réagir (il est d’ailleurs toujours dans le coma à l’heure où j’écris ces lignes).

Le petit groupe que nous avions monté s’est vite transformé en un groupe de 50 personnes avec une organisation de terrain très poussée, presque pro: une régulation, des petits groupe mobiles organisés en soigneur confirmé, assistant et bloqueur/ »alerteur ». Nous finirons la journée à plus de 80 sauveteurs. Un rapide coup d’œil à la loi m’a surpris, aucun secouriste n’est autorisé dans une manifestation car les forces de l’ordre veulent pouvoir cogner en toute sérénité, que les gens aient une croix ou pas, ceci expliquant l’absence de la croix rouge ou de toute autre organisation. Tout matériel peut être confisqué en conséquence, même médical, au cas où l’on voudrait blesser un CRS en l’aspergeant de sérum physiologique.

Rassemblement. À la fraîche dans un petit jardin, loin du théâtre de ce qui allait encore ressembler à une guerre urbaine. Nous avons l’air frais mais déjà concentrés sur ce qui se prépare, je sens que mes rires sont plus nerveux que d’habitude. Après un coup de téléphone au 17 pour signaler notre présence et une négociation pour conserver notre matériel, et de nos équipements de protection, un premier cas de confiscation apparaît. Les forces de l’ordre ont tout confisqué, jusqu’au sac lui même! Nous parvenons tout de même à récupérer la totale après discussion avec le 17. Peu de temps après, nous avons la visite de CRS en armure qui viennent s’assurer que nous avions bien compris que leurs matraques étaient dures et que le statut quo nous concernant était fragile.

Un formidable élan de solidarité. Une grosse quantité de dons des pharmacies nous as été fait, j’en suis encore surpris, même si je commence à avoir l’habitude. Rapide point sur l’organisation, et nous voici bombardés groupe « H ». Nous décidons de nous disperser avant la manifestation afin de nous faire voir des manifestants.

Mission accomplie, nous attirons l’œil ! Mais celle des CRS malheureusement qui nous contrôlent dès l’arrivée sur la place Wilson. Nous voici dépossédés de nos masques à gaz, difficile d’être plus clair, ils veulent que nous suffoquions comme les autres. Nous arpentons les zones de rassemblement pendant 2h où nous nous ferons contrôler encore deux fois, à un point que j’en arrive à leur demander s’ils ne peuvent pas nous tamponner un truc pour signaler que nous avons été contrôlés. Sourires crispés. Ils sont visiblement sous tension.

Dans le calme, la manif démarre, poussée par des fourgons des forces de l’ordre. Elle part rejoindre la manif pour le climat à Arnaud Bernard. Un fois sur place, les CRS verrouillent tout retour en arrière ainsi que les rues latérales. Tout est en place pour faire déraper la manif. Beaucoup de gens rejoignent le point de rassemblement, ca arrive de toutes les rues, au fur et a mesure, tout est encore bon enfant, mais la pression exercée par les forces de l’ordre nous font penser que ca ne vas pas durer longtemps. Ça me fait penser à un moteur diesel, les gilets affluent de toutes parts, et les forces de l’ordre avancent pour pousser la manif sur le boulevard. Il ne manque plus grand-chose pour avoir l’explosion.

Nuage blanc au fond. Il est 14h30. Nous arrivons à fond de train car nous n’avions pas prévu que cela parte de là-bas, il semble qu’une partie du boulevard ait été bloquée par les CRS et que certains manifestant bien échauffés aient forcé le passage. Nous ne sommes pas encore arrivés sur les lieux qu’une dizaine de doses de sérum y soit déjà passé. Nous voyons des parents paniqués avec leurs jeunes car ils ont été gazés dès la sortie du Metro, une manifestante d’une cinquantaine d’année pas très vindicative, des gens qui faisaient tranquillement leurs courses…

Devenue base arrière de la ligne de front, Le jardin de Compans-Cafarelli ne ressemble plus à ce havre de paix en ville, la clameur des marseillaises répondant aux cartouches de gaz qui fusent autour de nous et aux explosions de grenades de dispersion. Nous accourons a la grille et après avoir créé un poste avancé, nous avançons dans la zone. Les blessés sont évacués et nous nous mettons au travail aussitôt, une blessure à la jambe traitée sur la place, nous prenons en charge un blessé au milieu des fumées. La tension est palpable, ça pue la sueur et le sang.

Détonations et charge des CRS. Depuis l’arrière du cortège, un mouvement de panique se crée et par un réflexe idiot, nous nous réfugions comme une majorité dans le parc. On pourrait facilement s’imaginer que l’on vient d’ouvrir la porte d’un clapier chargé de centaines de lapins. Des cris retentissent de partout. Nous nous replions vers la place de l’Europe. Nous sommes interpellés par les manifestants, un homme arrive, en sang, se servant de son gilet comme d’une compresse. Voilà donc le plus petit dégât que peux faire un tir de flash Ball à la tête, c’est déjà très impressionnant ! Aussitôt pris en charge par un confirmé, ils fuient vers un point de repli à déterminer, une victime au regard dans le vague s’est pris un tir dans les côtes. On vient aussitôt nous chercher pour aller récupérer quelqu’un d’inconscient. À trois nous nous y dirigeons pour finalement trouver un point de repli de nos camarades, il a été pris en charge, et nous manquons d’organisation.

les CRS viennent de fermer un portail et sommes donc obligés de trouver une autre issue pour retourner vers le point de repli supposé de notre équipe. C’est la panique autour de nous, des cris, des gens qui courent, il faut s’efforcer de rester lucide au milieu de tout ça, il y a d’autres issue dans ce parc et nous la trouvons en suivant la grille et nous retrouvons notre équipe ayant trouvé refuge dans un recoin de la place Alphonse Jourdain. Les soins sont en cours, mais les CRS arrivent et nous levons le camp en vitesse par le parc. Le soin terminé, nous repartons sur la place de l’Europe pour récupérer les éventuels blessés restés en arrière.

Moment de calme, on s’allume une clope s’efforçant de profiter de cet instant. Nuage de fumée noire. Une barricade a été érigée non loin de notre point et tout en cherchant où as pu passer le cortège, nous nous dirigeons vers la barricade. Les casseurs, désinvoltes, se réjouissent du désordre et dansent au milieu des flammes. Les CRS arrivent, on repart dans l’autre sens et remontons à nouveau vers la place Jourdain, où, sur un coup de génie l’un d’entre nous arrive à négocier pour entrer dans un Novotel. Le responsable nous accueille et nous offre à boire, le temps de laisser passer les crs. On en profite pour faire usage des commodités, pour vraiment souffler, nous discutons un peu avec le personnel, pendant que les CRS passent.

Nous sortons enfin pour soigner un CRS, et après quelques mots échangés, nous reprenons notre route vers l’arrière du cortège.

Dévastation. Ce que nous voyons là me laisse sans voix. L’avenue est désertée, des tessons de verre brisés partout, des cailloux provenant du chantier d’à côté, des poubelles qui ont brûlé, des pots renversés, un ouragan de colère et de haine viens de passer, on en voit encore sa fureur et sa noirceur. Le voilà l’ouragan, repoussé au-delà du square Héraclès. Une barricade gigantesque dont les flammes lèchent les feuilles des platanes décennaux a créé un point de fixation et les CRS essuient une pluie de cailloux. Nous restons en retrait à la recherche d’une issue pour rejoindre le cortège. Tout est verrouillé par les forces de l’ordre. Nous changeons de tactique, et partons vers le pont saint pierre pour passer sur la rive gauche.

Échec. Au moment où nous arrivons au pont, un cortège remonte. Afin de ne plus nous faire surprendre et étant donné le nombre d’équipes, Nous décidons de remonter par la rue Gambetta.

Frappant. Nous venons d’un terrain de guerre urbaine, et nous voici dans une ville deux semaines avant noël. Tout se passe ici comme si ils ignoraient que tout brulait dans l’autre moitié de la ville. L’hyper centre à tellement été protégé que tout semble normal ici, des familles, faisant ses courses, des étudiants aux bars constatant la vision post apocalyptique de fumées noires s’élevant sur le côté de l’hôtel dieu dans le soleil couchant. Nous sommes déconnectés. Des journalistes marchent avec nous pour discuter de ce qu’il se passe là-bas.

A capitole s’arrêteras notre action puisque tout est resté sur la rive gauche, alors que nous n’avons pas pu passer la Garonne. Nous apprendrons plus tard, qu’en réalité, l’action a continué sur St Cyprien et est remonté vers patte d’oie.

J’ai la sensation que le sang a coulé pour rien, et je pressens que la terre n’as pas fini d’en boire, nous ne serons jamais assez pour l’éponger avec nos petites compresses. Tant de violences, de destructions pour que le peuple puisse récupérer un peu de prise sur son avenir, pour réparer les injustices, et capter l’attention de ceux qui nous gouvernent, du haut de leur tour d’argent. Inconscients de la puissance du peuple, ils soufflent sur les braises ! Cherchent-ils, pyromanes inconscients, à brûler la maison ? L’acte V se prépare, les sauveteurs sont prêts au pire et nous sommes déjà sûr que des manifestants resteront sur le carreau.

Dédicace à Guillaume, Jean Jacques, Alex, Damien alias licorne et Gabrielle

Gaël



Gilets jaunes acte V – le 16 décembre 2018

 

Rassemblement à saint Sernin, sur l’escalier du siège de la CGT, qui nous a gentiment proposé de mettre à notre disposition un espace pour stocker notre matériel. Il faut bien admettre que j’ai été surpris, car après mon passage dans l’organisation d’un syndicat, ils avaient bien baissé dans mon estime, chapeau à eux! Il fait froid, le ciel est gris, et nous nous réchauffons à la chaleur humaine. Les plaisanteries fusent, nous nous préparons dans la bonne humeur et rions un maximum avant que nous n’en n’ayons plus l’occasion. Mon groupe vient de changer, mais nous sommes déjà bien soudés. Nous n’étions plus que deux du groupe d’origine, nous avons dû former un nouveau groupe et en avons profité pour faire connaissance autour d’un repas la veille.

Une information nous proviens, le cortège parti bloquer la rocade revient à pied par Jolimont, il est 13h. Aucune équipe ne les attendant, nous remontons les accueillir et démarrons doucement la manif à leurs côtés. Bonne ambiance, les forces de l’ordre laissent passer et nous marchons dans les slogans, au rythme des vrombissements de l’hélico qui tourne tel un vautour au-dessus de nos têtes. Nous filons vers François verdier pour rejoindre l’autre point de rassemblement.

Nervosité. Le cortège François Verdier part rejoindre le cortège CGT, nous repartons dans l’autre sens. Les beaux-arts nous ont préparés des chars à hauteur de leur domaine de prédilection : un papillon, un taureau et un bus, une manifestation carnaval, voilà donc leur idée ! Je suis tendu, le risque d’attentats et la fermeture des ruelles par les forces de l’ordre ne laissent aucune échappatoire à mon groupe, cela m’inquiète… Vigilant, le groupe reste bien ensemble. Tout se passe bien pour le moment, le cortège CGT est rejoint, nous repartons dans l’autre sens car les fourgons et la lance antiémeute poussent le cortège dans le sens opposé. Je suis surpris de nous voir faire ces allers retours… A chaque ruelle j’entends des insultes et des huées à l’adresse des forces de l’ordre. Comment se faire insulter une journée entière sans aller à la bavure ? Ils sont épuisés, ont les nerfs à vif… Des pétards utilisés par quelques imbéciles, me mettent en alerte en permanence, et je suppose qu’eux aussi.

La nasse. Nous sommes à François Verdier, des gens sont encore là pour faire leurs courses, mais tout est fermé par les CRS. Rue de Metz, rue des frères lion, allée François Verdier bloquées et les crs à l’arrière du cortège bouchent les boulevards. Les ruelles sont verrouillées par la BAC. Nous sommes des poissons dans une nasse, et en nous bouchant tous les accès, ils cherchent à paniquer ou à énerver tout le monde. Nous nous équipons en vitesse, Il n’existe plus qu’une seule issue au conflit, la manifestation viens d’être piégée.
Nuage. Après la sommation d’usage les grenades partent, il y en a beaucoup, ils avaient le doigt sur la gâchette depuis un bon bout de temps. Le nuage est si épais qu’on ne voit plus à deux mètres… Nous nous plaquons contre le mur, et j’ai l’impression de me retrouver en montagne, lorsque les nuages bas envahissent les stations. Le brouillard est déchiré par le mouvement de panique en milles volutes toxiques, tandis que nous nous éraillons la voix à appeler au calme la foule. Le brouillard se dissipe un peu et nous nous mettons en action, ça et là des gilets jaunes qui pleurent, suffoquent et vomissent, des gens venus faire leurs courses en pleine panique, des gilets jaunes prostrés contre les vitrines qui ne savent plus que faire. Nous dégainons nos « sérum phy », nous rassurons, indiquons la sortie sur une ruelle, et observons à nouveau.

Surréalisme. Un mec a deux mètres des CRS gueule, tantôt sur les CRS, tantôt sur les manifestant alors que des objets volent au-dessus de lui, nous nous rapprochons au cas où, car j’ai peur qu’il se prenne un projectile. Un mec est assis sur la pelouse du haricot avant le rond-point. Nous allons le voir et lorsque je lui demande s’il vas bien, il me répond « ils veulent qu’on s’en aille alors moi je m’assoie »… nous retournons sur le bord de l’allée. On trouve un tir de flashball à la cuisse. C’est un blessé léger, on le désinfecte et il repart sur ses jambes. Nouvelle salve légère côté halle au grain. Pas de dégâts.

Nouvelle salve. Les manifestants ayant fui la salve du monument aux morts s’est retrouvée massée devant les crs à l’arrière. Du gaz partout et nouveau mouvement de foule dans l’autre sens. Le canon à eau se met en action. Nous nous plaquons à nouveau contre le mur. Le nuage est tellement épais que j’en ai les yeux qui piquent, malgré le masque, ça doit remonter de ma respiration, nous suffoquons tous, contraints à l’inaction par la difficulté à respirer, certains d’entre nous vomissent. J’ai l’impression d’être seul, dans un combat que je ne comprends plus, avec cette question lancinante qui tourne dans ma tête « Mais qu’est-ce que je fous là ? Pourquoi t’imposes-tu ça ? ». Le nuage se dissipe, emportant avec lui les questions, il faut se reprendre en main, se regrouper pour reculer un instant et respirer.

Charge. Les CRS se mettent en route, nous les laissons passer et voyons la lance à eau démarrer son nettoyage de quelques plongeurs souhaitant jouer avec l’eau. S’ensuit une étrange prestation d’une dizaine de personnes esquivant les jets en faisant des gestes de provocation et jetant des pierres sur le camion. Après ce que l’on venait de vivre, cela semblait presque comique, j’avais l’impression de voir mon fils et ses cousins jouant avec un tuyau de jardin, des enfants cherchant à se rafraîchir un jour d’été trop chaud. Malgré ce captivant spectacle, nous avançons à nouveau au cas où il faille en secourir un. Nous voici avec l’équipe A, contre les CRS qui nous bloquent. Tout à coup, nous voyons la tête de la lance se diriger vers nous, ils vont nous mouiller ? Sérieux ? On se recule en urgence et le jet tombe à 10m, pile poil sur le groupe A, le jet est si puissant, qu’il ricoche comme un torrent furieux sur le mur et me trempe tout le bas du pantalon.
Du gaz ! Encore ! Il n’y as quasiment plus personne mais ça continue ! Ils veulent nous faire gerber, nous écœurer jusqu’au bout ! J’ai envie de hurler ! Nous sécurisons un groupe qui soigne un coup de flash Ball car cela attire journalistes et curieux, puis nous nous enfuyons par une rue latérale. Nous accusons le coup, j’ai les boyaux tordus, certain se remettent à respirer. On se pose.

Errance. La régulation m’appelle, il faut se rapprocher de Jean Jaurès. Nous avançons lentement car j’ai mal aux boyaux… le gaz au poivre m’as un peu intoxiqué et je ne peux pas marcher vite. Une fois à Jean Jaurès, rien ne se passe mais une barricade brûle sur les allées, nous remontons rapidement même si le groupe D est déjà sur place. Nous sommes 3 groupes sur place. Inutiles, nous redescendons sur Jeanne d’arc. Un mec nous interpelle sur place, son pote s’est pris un éclat de grenade au-dessus de l’arcade. On le désinfecte et il repart. A priori, il doit se passer quelque chose à Capitole mais les CRS barrent le passage. nous entendons des détonations vers Matabiau et on redescend. Toujours rien… Il est presque 18h00, Après quelques discussions, nous décidons de remonter vers Capitole, lieu de notre point de rassemblement.

Capitole. C’est la guerre. Attroupement devant la mairie, tout est fermé, un nuage s’élève des portes. Un mec nous engueule car nous ne rentrons pas dans l’attroupement. C’est quand même dingue d’être pris à partie par un connard qu’est tranquille sous son parasol, alors qu’on court depuis des heures !! Nous nous dirigeons sous les arcades où un groupe est censé se trouver. À peine arrivé, détonation, des gaz s’échappent des arcades, des gens courent dans tous les sens. C’en est assez. Épuisés par cette journée, nous décidons de nous replier, le groupe H quitte les lieux, épuisés par l’agressivité, les gaz et les cris.

Aujourd’hui, c’est Lundi, alors que je couche ces mots sur le papier, encore choqué de la violence de la répression du gouvernement, ce midi, entre deux sanglots en parlant à ma femme, j’ai trouvé la réponse à ces questions qui me taraudent depuis Samedi. J’étais là car je veux soigner ceux qui luttent pour un cause juste, j’étais là car je suis enfin fier de mes congénères humain, je suis là car je deviens toujours plus humain au contact de la froideur des répressions, j’étais là car il y a un groupe qui se soutient et je serais là pour tous et toutes, même si je dois risquer de récolter une blessure. Ces questions m’ont finalement permis de définir mon engagement, celui qui me prends aux tripes et qui me permet d’aider à construire un meilleur avenir.

Au groupe H : Loic, Licorne, Virgil, Lison, Laura et Hugo
A la régul : Virginie, audrey, Julien et Manon qui nous écoutent beugler dans le téléphone au milieu des détonations.
Et à toutes les équipes évidemment !

Gaël



Gilets jaunes Acte VI Toulouse – Le Samedi 22 Décembre 2018 – Témoignage d’un secouriste volontaire

 

Matin doux et pluvieux à Saint Sernin. Tout le monde a les traits tirés mais le moral est bon. L’expérience de la semaine dernière, ainsi que les nombreuses communications que nous avons lues, nous amènent à penser que nous allons devoir beaucoup marcher, voire courir pour tenir le rythme. Comme d’habitude, démarrage en douceur dans un joyeux bazar. Après un briefing (presque) attentif, les équipes apprennent à se connaitre à la terrasse d’un café.

« Rions tant qu’on peux ». Sous un crachin, nous nous mettons donc en route vers Esquirol et afin d’éviter les forces de l’ordre nous convenons de passer par les quais. Voir l’hôtel dieu depuis les quais me rappelle l’acte IV, je n’ai pas oublié l’image des fumées noires au dessus de la rive gauche. Comme pour exorciser les horreurs que nous allions voir, l’humour noir et autres contrepèteries règnent en maitre dans nos conversations. Au pont neuf, à peine le temps d’aller chercher de quoi se restaurer que déjà des gilets nous font la conversation. Un mec un peu givré avec un fort accent québécois nous accoste, il veux en découdre et à déjà un morceau d’acier dans le sac. Nos tentatives de l’en dissuader n’y ferons rien, nous reprenons notre marche non sans se dire qu’il allait surement être le premier blessé de notre liste. En louvoyant dans les rues, nous arrivons sur une place mitoyenne d’Esquirol et nous faisons halte. Il est 12h30 et le rassemblement est prévu pour 14h. On boit un café, nous nous restaurons, ce sera nos derniers instants de repos.

Premières tensions. Nous somme sur la place Esquirol, une cinquantaine de personnes sont sur place, des slogans fusent. Un barrage de crs avec 10 fourgons s’assure que personne ne remonteras rue de Metz, des voltigeurs sont derrière nous, nous les surveillons d’un œil. Voilà la lance à eau qui nous fait face, nous nous positionnons immédiatement en retrait à l’abri de tout jet, tout en s’assurant une bonne vision globale. Les gilets jaunes étaient tous déjà là, mais sans leurs gilets et à l’heure dite se découvrent en se recouvrant du gilet. Les slogans fusent, tous les manifestants se mettent à genoux et les mains sur la tête dans le silence, c’est désormais le préalable à toute manifestation gilet jaune qui se respecte.

Démarrage d’une longue journée. La prière à la sainte grenade terminée (tout ceux qui ont joué à worms comprendront), le cortège file dans la direction opposée où ils étaient tournés à l’origine. Nous avançons tranquillement, les voltigeurs étant déjà partis, l’avancée se fait dans le calme. Nous n’avons pas fait 200métres, qu’une partie du groupe cingle droit sur le capitole, entrainant une de nos équipes dans son sillage, dans ces petites rues un nuage de fumée se dégage déjà. L’autre partie file sur les quais, il n’y as pas de dangers particuliers, si ce n’est d’être un peu trop prés des manifestants, des fumigènes ultra puissants sont déjà en action… finalement, nous n’avons pas besoin des CRS pour se retrouver dans une ambiance enfumée et délétère, les manifestants se débrouillent très bien tous seuls pour la générer. Le risque terroriste s’est effacé, je suis un peu moins en tension mais vigilant. Nous voici déjà a Capitole.

PACMAN. Non, nous n’irons pas rejoindre le groupe de Jean Jaurès pour l’instant. Le barrage de CRS d’en face n’est même pas défié et nous filons vers Saint Sernin, nous passons sous les arcades, des gens mangent et nous regardent comme des extra-terrestres, c’est assez amusant de capter dans les regards la surprise. Cette impression nous saisira souvent dans la journée tant les manœuvres des gilets jaunes nous obligeront à emprunter des chemins parallèles. Un mec me demande si nous sommes la « sécurité du cortège », j’avoue que j’ai envie de rire tant une croix rouge me semble une indication évidente de notre rôle. Nous rejoignons les boulevards et prenons la direction de Jean Jaurès ou nous nous arrêterons une fois sur place. Il me semble voir beaucoup de gilets et j’entends nettement mois d’insultes que la fois précédente. Le cortège repars vers François-verdier droit vers la nasse de la dernière fois… je ne comprends pas le choix stratégique mais nous suivons.

Le gaz. C’était évident. Au milieu des fumigènes et autres feux d’artifices les premiers volutes de gaz se montrent. A l’odeur caractéristique, nous enfilons nos protections, et nous fonçons dans le brouillard. Je suis bien mieux protégé que le dernière fois mais l’odeur passe quand même dans mon masque. Nous sommes sur la ligne de front, nous avons une équipe à 20 m de nous. Nous restons bien sur les côtés et observons ce qu’il se passe… c’est toujours la même scène, les forces de l’ordre qui répliquent face à des casseurs qui font tout ce qu’ils peuvent pour les provoquer. Tout est bon, poubelles enflammées, panneaux renversés, bouteilles en verre, feux d’artifices. J’aperçois même une raquette de badminton, comme si le renvoi des galets était la sortie sport du weekend, et c’est probablement ça dans la tête du belligérant en question. Deux personnes ont mis le genou à terre, je me rapproche mais ils semble préparer quelque chose que je ne comprends pas. L’équipe se recule. Nous ne sommes pas placés du bon côté, nous sommes du côté des casseurs, et il y as tellement de gaz que nous ne voyons quasiment rien. Nous nous replions, nous sommes inutiles et les CRS avancent avec la lance à eau.

L’adrénaline. Alors que nous quittons les allées nous passons dans une rue perpendiculaire. La BAC nous empêche de remonter vers le canal et filons dans une rue perpendiculaire. Deux dames affolées sont là, nous leur soignons les yeux mais l’une d’entre elles s’évanouit. Nous improvisons le périmètre de sécurité mais nous sommes à 10 m de la BAC qui se fait vertement insulter par tout ceux qui passent. Je pressent alors le danger car nous sommes au milieu de la ligne de tir sans pouvoir se déplacer. Et ces imbéciles continuent de s’invectiver avec nous comme bouclier! Un témoin nous filme de sa fenêtre… Comment voir ca sans proposer de nous aider, nous ouvrir sa cage d’escalier? Ce témoin anonyme à cédé aux sirènes du buzz et de l’image inutile sans prendre conscience de sa propre signifiance à ce moment là.

La course. La dame remise, nous repartons en tentant d’arriver en avance sur les CRS. Tant bien que mal, nous y arrivons au niveau de Saint Georges où il reste encore beaucoup de manifestants nous passons de l’autre coté pour les dépasser par le jeu des petites rues, mais restons trés proche de la ligne, nous avançons d’un pas preste. Alors que nous tentons de nous mettre en retrait place Wilson, nous détectons un homme en sang. Nous le mettons à l’abri des parasols, organisons le périmètre de sécurité et les soins s’improvisent. Nous sommes encore au milieu des combats! nous voyons passer les jets de pierre d’un côté et la lance à eau de l’autre! Nous restons là, bras écartés regardant ce qui se passe. Les CRS sont là et l’un d’entre eux a clairement son LBD braqué sur nous, il nous scrute, nous observe, nous n’avons pas le droit au moindre geste suspect. Encore une fois coincé, j’attend avec appréhension, je me dis, non, c’est pas possible, il vas pas nous en mettre une quand même!!

Sur blessure. Alors que les CRS sont là, le patron du bar invective les manifestants, au risque de prendre une pierre, j’ai peur du sur accident et essaie de le calmer mais rien n’y fait, il est excédé par tout ca, ils ont du rentrer de toute urgence tout le matériel et il en as gros. Les CRS sont passés, la coupure à la paupière est soignée, nous ne saurons jamais si c’était un éclat de grenade ou un bout de verre mais c’était une belle entaille. Nous décidons d’avancer à nouveau mais cette fois, il faudra passer par la place Belfort, la rue Bayard puis Jeanne d’arc. Je vois une équipe courir au loin du côté du manège, nous voulons remonter vers le capitole pour redescendre rue de Rémusat mais finalement, à la suite d’infos, nous filons sur saint pierre pour rejoindre le pont neuf.

Attroupement. Ils sont une bonne centaine, ils ont du se disperser sous le pression et se rejoindre là, mais le chat n’as pas suivi et la stratégie de la souris est tout simplement épuisante. Nous avançons sur esquirol, puis reculons. Un énorme feu de joie est visible au abords de la place, les casseurs sont là, une banque en fait les frais. Enorme gazage! nous mettons une manifestante derrière un cordon de protection le temps qu’elle reprenne ses esprits et reculons calmement. Un mec viens nous voir en nous demandant de soigner une brûlure. On improvise le cordon de protection et le soin démarre sous les quolibets de ses potes à propos de la vaseline qu’on doit lui appliquer. Les CRS arrivent et l’attroupement se divise. L’un descend vers St cyprien tandis que l’autre descend quai de Tounis. Nous décidons de ne pas changer de rive, je trouve que c’est le bon choix afin de ne pas se faire enfermer sur l’autre rive. Là se mélangent casseurs, gilets jaune et population. Un vieux monsieur veux remonter malgré nos avertissements, d’autres empêchent les casseurs de brûler une petite Twingo d’un apprenti. Ce petit cortège se divise lorsqu’une partie remonte vers les Carmes alors que l’autre continue vers le pont saint Michel.

Lost in the city. Nous ne savons plus trop ou aller, nous trouvons un recoin où s’arrêter pour faire un point de situation, nous en profitons pour nous soulager mais un tir de flash-ball nous met en alerte je range en urgence ce que j’avais sorti pour lever les mains au plus vite et me retourner, mon taux d’adrénaline remonte d’un seul coup: Nous sommes dans le noir, il ne faut surtout pas de mauvaise interprétation. Le Tee-Shirt blanc est efficace, Ils nous reconnaissent et continuent sans se préoccuper de nous. Nous décidons de remonter vers les Carmes mais une dame nous arrête en nous demandant si nous n’avons pas vu une jeune fille en sang. Elle à les bras chargés de désinfectant, bandages et nous explique qu’elle as vu une jeune fille dans la rue et qu’elle voulait la soigner mais qu’elle avait disparue entre temps… Cela me fait penser qu’il y as toujours deux facettes (actives ou non) de notre France dans ces périodes, ceux qui résistent au système et ceux qui y collaborent, celle ci faisait sans aucun doute partie de la première catégorie. Arrivé au carmes, il ne se passe rien, mais l’agitation autour de nous démontre qu’il s’est passé des choses récemment.

Ghostbusters. Nous commençons à fatiguer d’arriver en retard tout le temps, mais nous obtenons une info que ça pète au monument au mort. Nous entendons des grenades de désencerclement en arrivant aux abords mais une fois sur place, plus rien. Mais où sont donc t-ils passés? Ils ont tellement perfectionné leur technique que même nous ne pouvons même plus leur porter assistance. Les force de l’ordre descendent le boulevard en tiroir, mais nous ne voyons rien… où sont ils? nous descendons le long de saint Georges en suivant les force de l’ordre… nous voyons au loin des manifestants fuyant sur jean Jaurès au moment ou nous arrivons sur Wilson. Alors que la BAC charge l’un d’entre eux semble trébucher, nous fonçons sur lui mais l’un d’entre eux nous demande de nous retirer. S’en est assez, nous galopons depuis plus d’une heure derrière des fantômes sans jamais savoir où nous allons, nous sommes épuisés et nous retirons dans l’ombre des bâtiments.

Nous avons vécu une journée de guérilla urbaine, avec des points de feu apparaissant et disparaissant dans les cinq minutes, c’est épuisant pour nous mais doit l’être encore plus pour les forces de l’ordre. Ils veulent les épuiser, les mettre sur les genoux sans aucun répit, avec une séance toutes les semaines. Cette nouvelle tactique semble faire plus de blessés parmi les gilets jaunes mais un peu moins parmi les « civils » ce qui n’est pas plus mal, et les gens peuvent faire leurs courses à peu prés tranquillement. Au final il y as là quelque chose qui m’amène à penser que si même les casseurs deviennent constructifs, pourquoi ne pas imaginer un monde où, épuisés, les CRS poseraient le bouclier?? malgré tout ces gaz, et tous ces feux, l’espoir naît des cendres d’un mouvement vas durer longtemps.

Gaël



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